Roger, vous terminez l'année sur un nouveau succès. Une victoire qui ne souffre aucun doute et qui vous laisse, on l'imagine, le sentiment du devoir plutôt bien accompli, non?
Gagner ici, alors que tous les meilleurs joueurs du monde étaient présents, c'est pour moi quelque chose d'exceptionnel. L'an passé, je relevais de blessure, je n'avais pas véritablement pu défendre mes chances. Et pourtant, j'étais arrivé en finale. Là, c'est vrai, j'éprouve une joie sans partage...
Cette année 2006 qui s'achève et qui a été la vôtre, quels en furent, selon vous, les grands moments?
Je dirai ma victoire à l'open d'Australie et l'émotion qui m'a étreint la gorge au moment de m'adresser au public de Melbourne. Mon succès à Wimbledon, le troisième de suite, celui de l'US open aussi. Et là, ce soir, c'est très fort. Le Masters est en soi une épreuve importante. Et il y a aussi Shanghai, la Chine et tout ce qui va avec...
Les moments plus difficiles? Les déceptions?
Pour être tout à fait franc, je n'en vois aucun. Bien sûr, après la finale de Roland-Garros, j'étais déçu. Mais je n'étais pas - comment dire - malheureux: j'étais déjà parvenu en finale, j'avais déjà fait mieux que les années précédentes et, pour moi, c'était le plus important.
James Blake n'a eu qu'un mot pour vous qualifier: injouable. Il dit vrai?
Je prends le compliment comme il vient (Sourire). C'est vrai qu'aujourd'hui je n'ai cessé d'être comme on dit «en contrôle»...
C'est devenu une habitude, vous démarrez vos matches à cent à l'heure. Comment faites-vous pour être dès les premiers échanges à votre meilleur niveau? Il y a un secret?
Non, aucun! J'ai mes habitudes, ma manière, toujours la même, de me préparer. Je m'échauffe un peu avant le match... et un peu plus lorsque Pierre est là. Mais ne le lui dites surtout pas!
Pierre, c'est Paganini, votre préparateur physique. Il joue, on le sait, un rôle important dans vos succès. Auriez-vous un message à lui transmettre?
Ce n'est pas mon habitude, mais là, sitôt après la remise des prix, je lui ai téléphoné. Pour lui comme pour moi, c'est la fin de l'année, un chapitre qui se ferme. Je voulais lui dire merci...
Pierre Paganini, justement, fait partie de votre équipe «de base». Un jour, vous nous avez dit que vous n'aimiez pas que les choses changent autour de vous. En clair, cela signifie-t-il que vous avez besoin d'avoir toujours les mêmes personnes pour vous accompagner?
Je voyage dans le monde entier, je rencontre énormément de gens et j'ai du plaisir à cela. Mais c'est tout aussi vrai que j'aime retrouver mes anciens amis et que ceux qui me sont proches m'apportent beaucoup. Une défaite, quelle qu'elle soit ne m'affectera jamais autant que de perdre quelqu'un qui m'est proche et qui fait partie de ma vie. J'ai vécu cela lors du décès de Peter Carter. Cela m'a laissé comme un grand vide et j'ai mis des mois à m'en remettre. Aujourd'hui, avec le recul, je pense que je suis ressorti de cette épreuve plus fort...
2007, ce sera?...
Une nouvelle année, de nouveaux défis. De jeunes joueurs arrivent - Gasquet, Djokovic -, Nadal sera là... Mais pour l'heure, j'ai vraiment besoin de vacances...